Le caméléon qui découvrit un dé

Il est de ces rencontres non aménagées

Dont le poète peut tirer beaucoup de fruit ;

Je crois que même un âne saurait apprécier

le poème qui suit.

Dans l’improbable jungle aux arbres accroché,

Vivait, se soustrayant à toute attention,

Un très discret caméléon.

L’art d’un bon camouflage ?

Il pouvait en parler.

Tantôt blanc comme page

Tantôt vert de feuillée,

Il vivait sans produire de dissertation

Sur l’art qu’il développait par précaution.

Sur l’humus il trouva un objet exotique :

Un dé à six facettes,

Très sûr de lui, cubique.

Ils discutèrent.

– « On me lance et je tombe face contre terre.

Le nombre inscrit en haut fait qu’on gagne ou qu’on perd.

Je puis donner six résultats très différents !

On m’appelle par moments

L’instrument du hasard.

– Le monde où je vis, pour ma part,

Est si dangereusement pervers

Que je me peins afin qu’on ne puisse me voir.

Je sauve ainsi ma vie. »

Le dé lui rétorqua :

– « Tu changes de chemise à chacun de tes pas !

Comment peut-on un jour avoir confiance en toi ?

Que n’es-tu donc toi-même ?

– Serais-tu moins un dé pour avoir six facettes ?

Par ailleurs, choisis-tu de choir ici ou là

Sans que quelqu’un te pousse ? »

Notre caméléon ne fit pas la courbette ;

Il laissa le dé sur la mousse.

Les nuages changent de place,

Pourtant le ciel est permanent ;

Ainsi, qu’elle soit neige ou glace,

L’eau reste l’eau, assurément.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *