Prise de cours

Le chemin suit le cours
Mais mon esprit divague
Je m’arrête ? Je cours ?
L’évidence me nargue
Quel ennui rectiligne
Cette voie sans surprise
Exaspérée je pigne
Et elle temporise

Confiance confiance nous approchons du but
Le moment viendra nous ne nous perdrons plus
Patience patience suivons le sentier
Le moment vient la boucle sera bouclée

ça monte et ça descend
Mes jambes sont lassées
Et prise de vertiges
Je suis déboussolée
Virages incessants
Et déroutants lacets
Je patoche en râlant
Elle dit sans arrêt

Confiance confiance nous approchons du but
Le moment viendra nous ne nous perdrons plus
Patience patience suivons le sentier
Le moment vient la boucle sera bouclée

Quelle que soit la route
On craint de s’égarer
Tout droit ou dans les doutes
N’importe il faut marcher
Bouche en questions, tous ces
Pas ne sont pas perdus
Sagesse me suivait
Et elle a répondu…

Extrait très légèrement retouché de La meilleure façon de marcher, Automne (2005).

L’amande

Pour Manuella, qui m’a mise à l’amande.

C’est un fruit qui a du coeur ;
Avec lui, pas de pépin.

C’est un fruit qui a du coeur,
Qui prodigue des douceurs
– Tantôt crème pour les mains,
Tantôt graine du quatre heures.
Son bon goût fait le bonheur
Des toutes petites faims.

Bonne pâte, fruit câlin,
C’est l’ami des confiseurs :
Calissons et massepains,
Galettes des rois pur beurre,
Avec lui, pas de pépin !

Pantoum baudelairien

J’aime un homme assoiffé de vie et de ses rêves
Il respire la nuit toujours il va créant
Et ne rejoint la chambre qu’au matin naissant
Sur mon coeur en sommeil un grand soleil se lève

Il respire la nuit toujours il va créant
Puisant aux lendemains une puissante sève
Sur mon coeur en sommeil un grand soleil se lève
Mes ombres se dissipent son aube me prend

Puisant aux lendemains une puissante sève
Il aspire à comprendre ce qui fut avant
Les ombres se dissipent son aube me prend
Il ne renonce pas ses arrêts sont des trêves

Il aspire à comprendre ce qui fut avant
Et ce que sont les autr(e)s ou tout ce qui le grève
Il ne renonce pas ses arrêts sont des trêves
La liberté n’a pas de plus fervent amant.

Le lai de la pâte à crêpes

Parfois l’été, souvent l’hiver,
Stéphane montre un savoir faire
D’artiste-crêpes ; j’aime bien
Quand il a une poêl(e) dans la main :
Cela promet un bon dîner,
Tout chaud, goûteux, à volonté.
Monsieur se passe de recette ;
Comme un grand chef, il l’a en tête.

Il se munit d’un saladier
Et d’un fouet – pour remuer.
De la farine, quelques oeufs,
Du lait (une bouteille, ou deux ?)
Un peu de sel… enfin je crois…
L’idée, c’est mélanger tout ça.
Son secret digne de grand-mère
(Chut !) C’est d’y couler de la bière.

Les quantités ? Ben, ça dépend
De la proportion de gourmands
Parmi les invités du jour,
Et d’si sa soeur lui tourne autour.
Le nombre d’oeufs les met en froid :
– Il en faut deux. – Mais non, c’est trois !
Pour savourer, soyez d’accord :
Levez l’assiette, dites « encore » !

Fatras des ruines

La maison aura disparu :
Les ronces rongent la chaumine.

La maison aura disparu.
Personne ne s’est aperçu
Que sa façade eut triste mine.
Les ans et les autres ont vu
Gauchir sa charpente pentue,
La cheminée, courber l’échine.
La pierre est polie par la bruine,
Et les volets sont rabattus.
Le long des murs qui dodelinent,
Le lierre, lui, est accouru.
Les ronces rongent la chaumine.

05.03.05