oct
20

Tout aimer, de Jean-Pierre Siméon

Aimer tout aimer
même le froid et ses morsures
même l’heure qui sépare
et les déserts du chagrin

Feuilles d'automne - 28 10 06

Photo : ALB - 2006

Aimer l’arbre fendu
la fontaine sans eau
et le visage blessé
où ne vont plus les songes

Aimer les mains qu’on n’a plus
et la caresse abandonnée
et la saison obscure
que n’éveille plus l’oiseau

Croyez-moi
je sais de quoi je parle
j’ai le coeur léger comme vous
il faut aimer à en brûler
même l’instant sans joie
qui serre le coeur
qui serre le coeur

Extrait de La nuit respire de Jean-Pierre Siméon,
éditions du Cheyne (Poèmes pour grandir), 1998.

oct
09

Un peu de Baltiques, de Tomas Tranströmer

Las de tous ceux qui viennent avec des mots,
des mots, mais pas de langage,
je partis pour l’île recouverte de neige.
L’indomptable n’a pas de mots.
Ses pages blanches s’étalent dans tous les sens !
Je tombe sur les traces de pattes d’un cerf dans la neige.
Pas des mots mais un langage.

Tomas Tranströmer (né en 1931)
Baltiques, traduit du suédois par Jacques Outin. – Gallimard (Poésie).

août
25

Carte postale, 2

Des vagues surpuissantes viennent frapper la plage
Où maintes peaux se dorent près de la mer d’argent
Le vent chargé de sel a hâlé nos visages
Tandis qu’un de nous nage, l’autre va lisant

Au Vieux Boucau (40), un jour de juillet

La Vague / Suzy Lee. - Kaléidoscope

La Vague / Suzy Lee. - Kaléidoscope

juil
31

Carte postale, 1

Des moineaux pépiant s’ébattent sur la dune
Où les pins échelonnent dans l’air de hauts perchoirs
On rêve de monter du sable vers la lune
Qui sous nos yeux s’y lève à l’aube de nos soirs

Au Vieux Boucau (40), un soir de juillet

Vieux Boucau (40) - 06 07 2011

Vieux Boucau (40) - 06 07 2011

juin
12

Ombrelle

Calligramme Ombrelle

Ce poème m’a été inspiré par une très belle image réalisée par Frédéric Hocké pour le Théâtre du Champ Exquis (affiche du spectacle « Dehors »).

Frédéric Hocke pour le Théâtre du Champ Exquis (Dehors)

Ill. Frédéric Hocké

Des années qui passent faisons-nous une ombrelle
Pour s’abriter des aléas d’un autre temps
L’avenir n’est pas sûr le passé se rebelle
Ayons par-dessus tête une chape de présent

Se couvrir de sagesse sous les rais des passions
Se préserver des cordes de la nostalgie
En ouvrant très paisiblement un parapluie

Un ciel que l’on recrée pas plus large que soi
Un espace où chanter la couleur des cerises
Une calme voilure qui brisera les brises

Souffler sur les nuées faire des ombres une ombrelle

mar
28

Printemps, 2

Dimanche près des marelles

C’est au tour des feuilles

De jouer un deux trois soleil

mar
23

Redescendre aux choses

La Rage de l'expression / F. Ponge (Gallimard)« Nous ferons des pas merveilleux, l’homme fera des pas merveilleux s’il redescend aux choses (comme il faut redescendre aux mots pour exprimer les choses convenablement) et s’applique à les étudier et à les exprimer en faisant confiance à la fois à son oeil, à sa raison et à son intuition, sans prévention qui l’empêche de suivre les nouveautés qu’elles contiennent – et sachant les considérer dans leur essence comme dans leur détail. Mais il faut en même temps qu’il les refasse dans le logos à partir des matériaux du logos, c’est-à-dire de la parole.
Alors seulement sa connaissance, ses découvertes seront solides, non fugitives, non fugaces.
Exprimées en termes logiques, qui sont les seuls termes humains, elles lui seront alors acquises, il pourra en profiter.
Il aura accru non seulement ses lumières, mais son pouvoir sur le monde.
Il aura progressé vers la joie et le bonheur non seulement pour lui, mais pour tous. »

Francis Ponge (1899-1988)
Extrait des « Notes prises pour un oiseau », in La rage de l’expression (Gallimard, 1976).

fév
26

Printemps, 1

Au bureau désert
J’enlève mes écouteurs
Oh ! Chant des oiseaux

fév
08

L’échappée, d’Andrée Chédid

Je glisse loin du temps
Qui s’accumule
Et m’évade des jours multipliés
Je dévie de cette durée
Qui s’imprime
Et m’écarte de cette peau
Que les ans ont minée.

Andrée Chédid (1920-2011)
Extrait d’un texte inédit cité sur le site du Printemps des poètes

jan
20

Hommage à Arrietty

Arietty - Le petit monde des ChapardeursChaleur velours rouge
La salle (silence)
S’ouvre sur la prairie

* * *

Les pieds les plats les pots
Pastels immobiles
Tableaux de la cuisine

L’immense est sans bruit
Mais au coeur
Tout résonne

Elles courent en pluie autour
Le vent court parmi elles
Les feuilles

Dans l’été, qui ronronne ?
Les insectes
ou le chat en sommeil ?

Il y a ce que l’on voit
Il y a ce que l’on sent
Et les autres possibles

* * *

A la sortie, la nuit
Quelques pas et nos rêves
Jardins et clartés

Série de poèmes brefs inspirés par le film de Hiromasa Yonebayashi, Arrietty – Le petit monde des chapardeurs.
Janvier 2011.

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