Remplaçant mais pas facultatif

Martin Vidberg. Éd. Delcourt (2007).Martin Vidberg. Éd. Delcourt (2007).
Martin Vidberg. Éd. Delcourt (2007).

Pour les masses, un remplaçant, ça porte un survêt’ et ça reste assis sur le banc pendant plus ou moins tout le match. Dans sa BD, le désormais célèbre dessinateur de l’Actu en patates évoque un tout autre sport – solitaire, d’endurance, souvent de combat : l’enseignement.

Dans un format qui tient tout à fait du cahier de textes, Martin Vidberg présente avec décontraction la condition des professeurs des écoles non titulaires. Parfois parachutés là où personne ne veut aller, ils s’emploient courageusement à assurer une continuité dans le développement des connaissances des enfants. Constamment soucieux de leur l’intérêt, le remplaçant construit son enseignement en improvisant de la façon la plus assurée possible. Il n’y a pas de petite victoire, dans ce contexte : cela rend ce récit résolument optimiste – même si aucune absurdité du système n’est passée sous silence. Une des choses qui frappent le plus notre remplaçant, dont les jours de mission sont toujours comptés, c’est l’évidence du temps perdu (en réunions, par exemple) et des moyens mal répartis. Car le professeur de passage conserve continuellement son regard extérieur, sa distance protectrice avec les situations qu’il rencontre. Un atout, mais aussi une peine sans doute (difficile d’être motivé sans s’impliquer trop personnellement).

Les dates du calendrier défilent au long des pages, rythmées par certaines vignettes dont la répétition fait sourire le lecteur à chaque apparition (ce pauvre gosse, qui ne sait lire que « m…mouton ? » là où il est écrit « maman »). Le noir et le blanc suffisent amplement à exprimer les nuances des humeurs (lorsque le dessin passe au blanc sur noir, on comprend que la dépression guette notre héros). Même s’il rend certains personnages difficiles à reconnaître, le style « patatique » s’impose, en adéquation avec l’ambiance enfantine dont ne peut se départir le « plus beau métier du monde ». Tout internaute peut encore lire en ligne les soixante premières pages de ce documentaire graphique drôle et pertinent. Mais attention : une fois qu’on l’a commencé, on est atteint d’une redoutable envie de l’aller jusqu’au bout.

L’instruction étant obligatoire en France depuis 1882, on peut dire avec l’auteur que « tout le monde est passé par la case école ». Aussi tout le monde (hélas ?) a-t-il une opinion sur la profession d’enseignant. L’expérience et la sincérité du discours de Martin Vidberg, honnête sans céder au militantisme outrancier, vous en fera peut-être changer.

Le journal d’un remplaçant / Martin Widberg. 125 p. – Delcourt (coll. Shampooing), 2007 (12,50€).

1 commentaire sur “Remplaçant mais pas facultatif

  1. Ton article m’a donné envie de le lire et, coup de chance, on l’avait en rayon à la librairie. Alors, ce midi, comme je surveillais le rayon de ma collègue, j’en ai profité et j’ai beaucoup aimé. J’ai été très touchée par la difficulté du travail d’un remplaçant, surtout dans un établissement avec des enfants « difficiles », la difficulté de ne pas s’attacher et de se sentir impuissant quand on est juste de passage. Une belle découverte, merci !

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