Charme désuet des livres d’antan

Une fois n’est pas coutume, c’est à l’aspect d’un livre un peu plus qu’à son fond que je vais m’intéresser.

Après m’en avoir vanté les mérites, une collègue m’a aimablement prêté un ouvrage ayant fait date pour toute personne versée dans la littérature enfantine ou le conte : Comment raconter des histoires à nos enfants, de Miss Sara Cone Bryant. Le livre parut en 1905 aux États-Unis, et cinq à six années plus tard en Europe. L’exemplaire que j’ai eu en mains date de 1978 – ce qui n’était pas du tout évident. Les éditions Nathan, sur ce coup-là, ce sont à mon avis employées à réaliser le fac-similé d’une édition plus ancienne.

  • Regardez-moi cette couverture, en mode tapisserie ou assiette peinte.

Miss Sara Cone Bryant / Nathan
Miss Sara Cone Bryant / Nathan

(Afin que vous puissiez voir tous les détails, j’ai volontairement réduit la luminosité de cette image. Sans quoi, les petites créatures rose pâle auraient disparu du motif.)
Outre le côté kitsch de la frise animalière et de ses rondeurs symétriques, je souligne la joliesse des typographies. Les noms de l’auteur et de l’éditeur apparaissent dans une police sans sérif que le lecteur retrouvera à l’intérieur de l’ouvrage. Une partie du titre (« Comment raconter à nos enfants ») l’est en cursive d’un style un peu scolaire. Quelques détails me font écrire que ces caractères ont été dessinés à la main : aucun des « o » ne se ressemble tout à fait ; les deux « s » sont également différents – et je ne vous parle par des « e », tracés de façon un peu plus souple à chaque fois. Fait main comme un décor de vaisselle, je vous dis.
On s’aperçoit que le logo de la collection « Histoire à raconter » est à peine centré. C’est un petit peu de traviole, tout ça. Charmants défauts du temps où nul guide d’affichage ne positionnait les éléments de votre image à votre place.

  • À l’intérieur, la mise en page nous ramène (avec joie) dans les années 50 ou 60.

Miss Sara Cone Bryant / Nathan. p.25
Miss Sara Cone Bryant / Nathan. p.25

J’aime particulièrement la police d’écriture du texte (qui ressemble fort à une Gill) et le centrage du titre de chapitre, mais plus encore cette sorte d’intitulé de paragraphe, inscrit dans un retrait. Et tout ceci, sans parler du style lui-même, d’une élégance sobre qui respire le souci de clarté, de fermeté et de bienveillance. Un petit délice. On se sent choyé par Mlle Cone Bryant.

Qu’aucun malentendu ne s’immisce : je n’entends pas du tout me moquer de cet ouvrage, mais bien exprimer tout le plaisir que m’a procuré sa découverte. Les propos de ce professeur d’un autre siècle conservent toute leur actualité : que l’on soit conteur, auteur, ou simplement un adulte choisissant une histoire à lire à un enfant, on devrait se questionner sur les goûts de son jeune public. Ce qui lui plaît est souvent ce qui lui apporte véritablement quelque chose, sur quelque plan que ce soit. Il circule tant de livres aujourd’hui dont la seule fonction semble d’être roses ou bleus. Sara Cone Bryant a pris au sérieux une matière qui pouvait paraître ridicule, et, ne serait-ce qu’en cela, son exemple est à retenir.

Comment raconter des histoires à nos enfants / Miss Sara Cone Bryant.299 p. – Fernand Nathan (coll. Histoires à raconter), 1978.

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