Les embrouilles du Prince de Sang-Mêlé

Ou plutôt, celles du traducteur / relecteur du roman de J.K. Rowling !Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé / Rowling

Retour à Harry Potter et au sixième tome de ses aventures. Les cent dernières pages du livre offrent au lecteur pointilleux deux nouvelles occasions de brandir sa grammaire.

Page 623 (édition grand format 2005) : cela fait plus de dix pages que le lecteur a plongé avec Harry et Dumbledore dans une grotte ensorcelée, au coeur de laquelle se trouve un lac manifestement peu propice à la baignade. Le patriarche met en garde son jeune accompagnateur :
– « Attention de ne pas toucher l’eau. »
Attention de ?
Certes, les lettres administratives sont souvent à l’attention de quelqu’un. Mais avec un infinitif derrière… Le doute m’étreint. Le Lexis (fidèle Larousse de la langue française) me délivre en m’assurant que les deux prépositions (à ou de) s’emploient après la locution faire attention.
Toutefois, quelques recherches sur Internet me portent à croire que la construction avec à est plus soutenue que celle avec de. Peut-être parce que le synonyme un peu plus littéraire de faire attention, veiller, nécessite la présence d’un à. Le Trésor de la Langue Française informatisé est même catégorique (sens II., B., points 3 et 5) : l’usage de la préposition de après faire attention ressort d’une « langue relâchée ».
Dumbledore, se rendre coupable d’un relâchement langagier ?! Sans doute faut-il le mettre sur le compte de son affaiblissement à ce moment de l’intrigue…

Plus loin (p.711 de la même édition), Harry Potter a affaire à Rufus Scrimgeour, Ministre de la Magie. Celui-ci lui fait une proposition qu’il pense ne pas pouvoir être refusée :
« Le ministère peut vous offrir toute sorte de protections, savez-vous, Harry ? »
D’après le Trésor de la Langue Française, toute sorte de + substantif (singulier ou pluriel) est un usage vieilli, signifiant « un nombre indéterminé de » quelque chose. Employée au pluriel, l’expression a quasiment le même sens – à ce détail près que le nombre évoqué n’est pas indéterminé, mais simplement grand.
Le traducteur apprécierait-il les tournures surannées ? A moins qu’il ne veuille souligner que le personnage de Scrimgeour est snob et passéiste ? Pourquoi pas…

En tout cas, le lecteur n’a peut-être pas intérêt à tenir pour courant l’emploi que fait Jean-François Ménard de ces deux dernières tournures. Certes, elles ne sont pas fautives. Disons que ce sont des effets (magiques ?) de style.

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