L’anti-Tartempionne

Couverture du livre Vie de ma voisine, éditions Grasset
Éd. Grasset

Ce n’est pas le genre de livre dans lequel on glisse comme sous une couverture (ou alors pour un rêve dérangeant).

Évidemment, il y a le sujet : un parcours de femme dont la famille était Polonaise, installée en France dans les années 20, brisée pendant la guerre de 40. Mais il y a surtout la façon de l’amener, à la quotidienne pourrait-on dire. Ici, maintenant, à côté de chez vous, il y a peut-être une vie qu’il serait passionnant de raconter. Que sont les romans d’ailleurs, sinon des vies ?
La manière est expliquée dans le livre lui-même : « les temporalités et le topographies se mélangent, nous ne savons plus alors quand et où nous sommes. Un autre espace-temps surgit. Comme quand on lit, comme quand on aime, comme au cours de certaines promenades. »
Plusieurs voix disent « je ». Les narratrices s’écoutent et prennent sagement la parole alternativement. Au début, le lecteur se repère à quelques marqueurs du discours direct, sans guillemets. Et puis plus rien. Au fond, il n’importe plus vraiment de savoir qui dit quoi. C’est en plus d’auteurs qu’il est question (Charlotte Delbo).
Les titres de chapitres me sautent aux yeux, écrivant une histoire à eux tout seuls. Des paroles rapportées, des emprunts assumés. Des phrases-versets, qui reviennent à la ligne pour constituer des paragraphes – les strophes de quelque poème.
Ce qui touche aussi, c’est le soin apporté à nommer des gens. Plus on avance en âge et plus on risque de les oublier ; et pourtant, sans eux, sans les noms, plus rien n’existe (et les Nazis le savaient, qui transformaient les êtres en numéros de matricule). Les grandes et petites histoires sont peuplées et animées par ces personnages réels.
C’est donc un livre de mémoire vive. Les figures y sont des revenants, des êtres qui ont réchappé d’une extermination, de situations à peine pensables de nos jours. Des êtres qui avaient en eux la puissance d’exister, après. Et d’être autre chose que « la énième Tartempionne à Auschwitz.« 

Vie de ma voisine / Geneviève Brisac. – 175 p. – Grasset, 2017.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *