La période blonde

Couverture du roman Blonde de J.C. Oates
Éd. Stock, 2000

Pas sûr que Blonde soit la porte d’entrée idéale dans le monde vu par Joyce Carol Oates. Mais le nom de cette romancière américaine revient plus que souvent dans les conversations en médiathèque ou en librairie. À un moment donné, il faut y aller : pousser la porte du cabinet du château de Barbe-Bleue, se laisser fasciner, être effaré(e), se perdre.

Le nom de cette blonde, tout le monde le connaît. Qui elle était, sa personnalité, personne. Même pas elle-même. Nous, bêtement sous le charme, ne pouvons que plaider coupables : complices dans la société de consommation artistique, acteurs de la starification, nous voilà amenés à contempler les désastres causés par notre idolâtrie…

Livre épouvantable écrit avec une lame de rasoir & comme s’il y avait urgence avant que le sang ne sèche, Blonde est un pavé dans la mare des illusions de la célébrité.

Blonde / Joyce Carol Oates ; trad. de l’anglais (États-Unis) par Claude Séban – 850 p. – Stock, 2000 (Livre de Poche, 2013 – 10,90€).

Enregistrer

Bonnes résolutions : tchèques !

jardinier-afficheLa perle du moment est un film. Un film d’animation – ou plutôt un programme de deux courts-métrages, sorti en 2012 : Le jardinier qui voulait être roi. Vlasta Pospíšilová et David Súkup (tous deux tchèques) proposent une adaptation de contes figurant dans le recueil Fimfarum, de l’écrivain dramaturge Jan Werich (1905-1980). Le texte est traduit par Bertrand Schmitt, et interprété par André Wilms, excellent narrateur.
C’est surtout le second court-métrage, La raison et la chance, qui a retenu mon attention. Non pas que le premier, intitulé L’histoire du chapeau à plume de geai, soit inintéressant, loin de là ! Leur association est même des plus judicieuse, abordant à eux deux les délicates questions du pouvoir et du bonheur.

Le bonheur… L’obtient-on à force de réflexion, ou grâce à un coup de pouce du destin ? (Nous sommes à une période de l’année où l’on s’adresse moult voeux : sont-ce des voeux-attente-espérance, ou des voeux-volonté ?)
Le site des Enfants de cinéma a réalisé une fiche détaillée passionnante, à laquelle il est superflu d’ajouter un mot. Je dirais juste que la touche des personnages (marionnettes au physique tout sauf lisse, cela change un peu), la joyeuse imperfection des décors bricolés, l’humour des dialogues et des situations ne font surtout pas perdre de vue la profondeur philosophique du message. Quel délice, de voir personnifier la Chance en un jeune musicien hippie, et la Raison en un vieux petit informaticien !
Une heure de votre temps, c’est tout ce qu’il vous faut pour découvrir ces trésors, au-delà de préjugés stupides qui vouent le cinéma d’animation à un public âgé de six ans. Ces contes-là peuvent certes être vus par les plus jeunes ; mais ils seront pleinement appréciés par des adultes – ces grands enfants, à qui il faut souvent raconter des histoires pour leur faire comprendre ne serait-ce qu’une once de vérité…

Le jardinier qui voulait être roi / Vlasta Pospíšilová et David Súkup ; avec la voix d’André Wilms. 1 DVD (1h05). – Lardux Films, 2012.