Je ne sais qu’une chose, c’est que Genesis

Anaximandre, étudiante en histoire, entre dans la salle où se déroule son oral. 5 heures d’interrogation sur la vie d’Adam Forde (2058-2077), un homme dont les agissements eurent des conséquences sur la République de Platon (régime instauré après la 3e Guerre Mondiale qui fit disparaître notre civilisation). Huis clos total, ambiance oppressante… Et, apparemment, questions dérangeantes.

Philip K. Dick, Isaac Asimov, les philosophes grecs : ce roman d’anticipation ne manque pas de références (que le lecteur peut très bien ne pas connaître). Ce n’est pas le style qui fait la complexité du livre, mais plutôt les modes de narration (et bien sûr, les idées évoquées). Une étrangeté naît de l’effet de flash-back (Anaximandre expose son passé – mais un passé encore futur pour le lecteur), et du fait que l’auteur ait attribué des noms vieux de deux mille ans à ses personnages.
Pas de descriptions à rallonge de la société futuriste où évolue l’héroïne : le lecteur est dans la temporalité de l’examen. Il convient d’être concentré pour bien suivre ces conversations – car, hormis quelques pauses où Anax se retrouve seule face à ses pensées, il ne s’agit que de dialogues. Et même, de dialogues dans les dialogues : celui entre les examinateurs et Anax fait place à la retransmission, par hologramme, de conversations entre Adam Forde et Art, un androïde.

Après la forme, le fond. Le sujet d’étude de l’héroïne, Adam Forde, a visiblement changé la face du monde en discutant avec un androïde. Qu’est-ce que la pensée ? Quelle est la différence entre un homme et une machine ? Que signifie « le libre-arbitre » ? L’étau se resserre autour du débat. La logique, mêlant science et philosophie, emporte le lecteur avec l’héroïne. On a envie de relire certains passages pour ne rien rater de l’argumentation.

Pour terminer : le suspense. Où cela va-t-il mener Anaximandre ? Quel est l’aboutissement de cette nouvelle République ? Les hommes ont-il continué à programmer des androïdes tels que Art ? Les chapitres (qui correspondent aux heures de l’examen) s’égrènent et accroissent l’attente du lecteur. Si celui-ci a une grande habitude des romans de science-fiction ou une grande facilité à dénouer les intrigues, peut-être aura-t-il émis de justes hypothèses sur la fin du roman. Si ce n’est pas le cas, la surprise est totale et fait prendre un coup à l’estomac.

Je trouve que ce livre est une réussite. Il est accessible aux lecteurs peu habitués au roman d’anticipation ; les lycéens y verront sans doute des échos directs à leurs cours de philo.

Genesis / Bernard Beckett.
Traduit de l’anglais (Néo-Zélandais) par Laëtitia Devaux.
185 p. – Gallimard Jeunesse, 2009 (11,50 €).