Choc culturel

Couv. de Pays de Neige / Éd. Livre de poche
Éd. Livre de poche

« Sans transition », comme disait l’autre. Plus loin dans ce blog, il était question de ying et yang, de jour et de nuit. C’est encore un peu de cela qu’il s’agit. Cette fois, c’est dans le fil continu de mes lectures qu’une opposition diamétrale est apparue. D’accord, il faut comparer ce qui est comparable. Yazunari Kawabata (1899-1972), tout ce qu’il y a de plus japonais et Prix Nobel de littérature en 1968, n’a probablement qu’un seul point commun avec Ken Follett (Gallois né en 1949) : celui d’écrire des livres. Le hasard (s’il existe) est le seul coupable d’avoir placé ces écrivains côte à côte, ou plutôt l’un derrière l’autre, dans ma bibliothèque intérieure. Il reste que l’effet produit par cette juxtaposition a suscité un étonnement qui encore aujourd’hui me poursuit.

Publié pour la première fois en 1935 (et republié pour la satisfaction de l’auteur en 1947), Pays de neige est bref, immaculé (dans le décor du récit – une station montagnarde – comme dans le traitement des sentiments). Face à face de deux personnages, dont les silences pèsent autant que les paroles ou les actes. Retenue, suggestion. On n’a pas idée des limites de la transgression, des frontières du déraisonnable. On sait à peine à quelle époque vivent les protagonistes, et peu importe. Écrire juste ce qu’il faut, parce qu’il le faut. Il est en si peu dit que le lecteur se trouve même en danger de manque d’identification, dépourvu de ses repères narratifs habituels. Il retient son souffle.

Couv. des Piliers de la Terre / Éd. Stock
Éd. Stock

Les piliers de la terre ont été écrits en 1989. Une somme. Un pavé – si l’on veut s’amuser de ce que l’intrigue évolue dans le milieu du bâtiment – dans une mare de larmes et de sang. Le Moyen Âge dans sa splendeur de crasse et de barbarie qu’on lui imagine. Une cohorte de personnages fictifs et historiques, classables (comme c’est rassurant !) en ces deux catégories qui ont fait leurs preuves : des gentils, des méchants. Emporté dans la déferlante de chapitres et leurs chapelets de rebondissements, le lecteur se demande toujours plus ce qui va bien pouvoir survenir. Il a le souffle coupé.

L’expression en titre de ce billet est sans doute la seule qui puisse exprimer l’étrange révélation que j’ai ressentie à la lecture successive de ces deux oeuvres. Loin de moi l’idée de jeter la pierre à Ken Follett (ah, la métaphore architecturale !…) et d’encenser l’oeuvre déjà piédestalisée de Yazunari Kawabata – ou inversement. J’observe simplement, avec fascination, les effets produits par ces textes sur mon imagination et sur ma perception des « cultures » (celle du Japon, celle de cet Occident où je me trouve). Traduite avec soin, la littérature est un voyage sans prendre l’avion.

Pays de neige / Yazunari Kawabata. – Trad. du japonais par Bunkichi Fujimori ; texte français par Armel Guernet. – 190 p. –  Livre de Poche, 2008.

Les piliers de la terre / Ken Follett. – Trad. de l’anglais par Jean Rosenthal. – 1074 p. – Stock, 2005.

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