De l’estomac, ventrebleu !

Couverture du livre "Le Charme discret de l'intestin" / Éd. Actes Sud
Éd. Actes Sud

« Il y a des choses qui déçoivent pour peu qu’on les regarde de trop près. » (Chapitre 1, sous-partie 3)

Mes craintes étaient réelles à l’approche de ce best-seller. De certains livres, on peut se contenter d’entendre parler. De ce document-ci, il serait dommage de se priver. Délicieux décalage du fond et de la forme : la matière, pour être parfois fécale, n’en est pas moins sérieuse. Et ce n’est pas parce que le sujet est sérieux qu’il ne faut pas sourire. Au contraire ! Plaisantons, toute scatologie à part. Rions de l’universalité profonde de ces considérations. Foin de querelles intestines : en avant pour une épopée intra-viscérale dont les héros sont invisibles à l’oeil nu – soit parce qu’il s’agit de bactéries microscopiques, soit parce que peu de gens « ont la chance d’avaler une caméra miniature et de partir à la découverte de leur intestin grêle » (op.cit.).

La drôlissime astuce de Giulia Enders pour nous faire sympathiser avec notre bide consiste en bonne partie à personnifier les différents éléments qui le comblent. Il y a eux, il y a nous – l’auteure elle-même et ses lecteurs – et nous partageons tous l’incroyable propriété d’être vivant. Alors voilà : glandes, poches et autres tuyaux se voient attribuer des qualificatifs tout ce qu’il y a de plus humain. Organes et organismes deviennent nos égaux (ne sont-ils pas, d’ailleurs, notre ego ?) : « Ceci est une ascidie. Nous l’avons conviée à nous rejoindre pour qu’elle nous communique sa vision des choses sur la nécessité d’avoir un cerveau. » (Chapitre 2, sous-partie 5)
Tout en légèreté, Giulia Enders nous rappelle de temps en temps qu’elle est une vraie étudiante en médecine : « (…) l’oesophage ne sait pas viser. Au lieu de prendre le chemin le plus court (…) il débouche sur le côté droit. Et c’est un coup de génie. (Les chirurgiens, eux, parlent plutôt d’anastomose terminolatérale. Mais le résultat est le même.) » (op.cit.) Au passage, félicitations à la traductrice dont la langue est piquante juste ce qu’il faut !

Une phrase me restera, une phrase presque philosophique en ce qu’elle touche du doigt ce que l’art peut avoir à dire à la science – symbole de cet ouvrage d’une intelligence réjouissante : « Avec ce livre, les choses vont changer. Nous voulons faire ce que les livres font de mieux : concurrencer le visible. »

Le charme discret de l’intestin / Giulia Enders ; ill. Jill Enders. – Trad. de l’allemand par Isabelle Libert. – 350 p. – Actes Sud, 2015.

Un bonus, comme ça… La chronique Dico Somatique d’Aurore Vincenti sur France Inter : ça pourrait aussi vous plaire.

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