Ex libris

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Faire le tri dans ma bibliothèque : voilà ce que j’ai entrepris en ce matin d’été. Les raisons d’éclaircir les étagères sont multiples. Le charme persistant de La magie du rangement de Marie Kondo et un déménagement vers un plus petit espace que le précédent l’ont emporté sur mon rêve d’une demeure où des rangées de livres constitueraient le plus sûr des soutènements.

Mais de l’idée à la réalisation, le chemin est semé d’embûches. Bénédicte Régimont le résume parfaitement dans le titre de son article : « Pourquoi est-ce si difficile de jeter des livres ? »
Il est temps de voir les choses en face : j’ai du mal à admettre qu’un livre n’a que peu ou pas de valeur en soi. Pourtant, il ne fait pas de doute que la vraie richesse se trouve dans les mots, les idées ou les émotions qu’ils véhiculent, et surtout dans l’impact plus ou moins durable que ces contenus ont sur nous. Les livres présentent donc un intérêt intellectuel et sentimental. Mais dans l’un et l’autre cas, l’échelle de valeurs est strictement personnelle, voire intime. Certains livres font office de marqueurs spatio-temporels dans nos vies – mais franchement, qui cela peut-il intéresser, à part nous-mêmes ?

Preuve en sont les ex-libris que j’ai redécouverts dans la plupart des livres dont j’entendais me séparer. Enfin… Je ne sais si de sobres mots écrits en pattes de mouche sur les pages de titre peuvent être qualifiés ainsi (puisqu’il s’agit, en bibliophilie, d’une gravure personnalisée). Disons qu’en plus d’une marque d’appartenance (mon nom), mes ex-libris mentionnent systématiquement la date et le lieu d’achat/de réception (dans le cas d’un cadeau). Parfois, je me suis fendue d’une annotation sibylline – sans doute des énigmes posées à mon moi futur…

J’ai manifestement cherché à fixer le souvenir de certaines personnes. Exemple sur la version de poche du Jour des fourmis de Bernard Werber :

En pensant à L*** et sur les conseils de S***, un collègue

De fait, si je pense savoir de quel L*** il s’agit (encore que je connaisse plusieurs individus portant ce prénom), il m’a fallu du temps pour faire émerger de ma mémoire quelques éléments à propos de S***.

La Révolution des fourmis du même auteur, acheté un an plus tard, porte la mention suivante :

Je vais mieux

Intéressant que l’achat d’un livre témoigne de ma bonne santé (financière, à tout le moins). D’autres notes témoignent d’une incapacité à ressortir les mains vides d’une librairie :

Chez *** (NDR : nom du magasin), S*** m’a fait un grand discours

S’agissait-il de louanges à propos du livre lui-même (une remarquable bande dessinée de Lewis Trondheim et Sergio Garcia intitulée Les Trois Chemins), ou simplement du signe de ma faiblesse (j’aurais acheté quelque chose pour me soustraire à une logorrhée univoque) ?

Curieux voyage dans le temps permis par ces tatouages. L’idée était plaisante. Mais j’en ai fini avec le stylo à bille, dont la marque indélébile n’autorise plus la moindre circulation. Mes prochains ex-libris – si j’en appose – seront des étiquettes à peine maintenues à la colle blanche… Des papillons tout juste posés sur mes étagères, et prêts à reprendre à tout moment leur envol.

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