Sortir de l’intérieur des envolées d’oiseaux

Il y a quelques jours, je finissais tranquillement un livre atypique signé Jean-Pierre Otte.
Dans les dernières pages, un personnage exprime son rapport aux lettres et cartes postales qu’il a eu l’occasion d’envoyer, lors d’un voyage qu’on pourrait qualifier de sabbatique, en Amérique du Sud. J’ai été sidérée de lire sous la plume d’un autre des considérations rejoignant à ce point mon état d’esprit – l’auteur du livre serait amusé de découvrir le titre de ce blog et de L’île diserte qui y conduit !

Un cercle de lecteurs... - Julliard« Les lettres (…) furent mon ouverture au monde, une façon de me dépiéger, de me déloger de ma propre carcasse et de forcer le passage, en lançant des cerfs-volants dans les airs, des bouteilles à la mer, tel un naufragé déguenillé sur l’île déserte de sa propre solitude. Le pli, c’était la possibilité de l’audace, toute latitude offerte à la plus folle spontanéité, en donnant une version de moi tout à fait différente de ce que je pouvais paraître et en désirant toujours plus de profondeur sous l’apparence de parade. Les mots possédaient un courage de rideau de théâtre. Le facteur bonhomme ou la délicieuse factrice étaient des anges dont je guettais l’arrivée avec un battement de coeur plus ample, impatient de recevoir des échos, des réponses ou des ripostes, et d’entrer en résonance avec mes destinataires lointains. Je pense que la correspondance m’a exercé, comme rien au monde, à sortir de l’intérieur des envolées d’oiseaux, dans lesquelles je me surprenais moi-même. Je m’étonnais d’avoir su et pu dire mieux que ce que je pensais. »

Jean-Pierre Otte, Un cercle de lecteurs autour d’une poêlée de châtaignes. Julliard, 2011.